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À quel GAFAM appartiennent ces réseaux sociaux ?

Publié le 1 janvier 2024, 8 min de lecture

Vous utilisez Instagram sans savoir que c'est Facebook qui l'a acheté pour un milliard de dollars en 2012. Vous regardez YouTube sans penser que Google en est propriétaire depuis 2006. Et vous avez peut-être oublié que LinkedIn n'est pas une société indépendante mais une filiale de Microsoft depuis 2016. Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ont progressivement absorbé une grande partie du paysage numérique mondial, et comprendre qui possède quoi change profondément la façon d'appréhender ces plateformes en tant qu'utilisateur ou annonceur.

Les GAFAM et les réseaux sociaux : une cartographie des propriétaires

Les cinq géants désignés par l'acronyme GAFAM n'ont pas tous suivi la même stratégie vis-à-vis des réseaux sociaux. Certains ont bâti des empires sociaux par acquisition, d'autres ont tenté de créer leurs propres plateformes avec des résultats mitigés, d'autres encore ont délibérément évité ce marché pour se concentrer sur leur coeur de métier. Passer en revue chacun d'eux permet de comprendre les logiques économiques derrière ces mouvements et leurs implications pour les utilisateurs.

Google et Alphabet : YouTube comme pivot central

Google, filiale du groupe Alphabet depuis 2015, possède YouTube, la plateforme de partage de vidéos rachetée en octobre 2006 pour 1,65 milliard de dollars en actions. À l'époque, l'acquisition avait fait sourciller : YouTube perdait de l'argent, les problèmes de droits d'auteur s'accumulaient et la monétisation vidéo n'existait pas encore. C'est aujourd'hui l'un des actifs les plus précieux d'Alphabet : YouTube génère chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars de revenus publicitaires et réunit plus de 2,5 milliards d'utilisateurs connectés par mois, en faisant le deuxième moteur de recherche mondial derrière Google Search.

La tentative de Google de construire son propre réseau social généraliste a échoué. Google+, lancé en 2011 pour concurrencer directement Facebook, n'a jamais réussi à créer une masse critique d'utilisateurs actifs malgré des millions de comptes créés. Le réseau a fermé ses portes en avril 2019 après une série de failles de sécurité qui ont accéléré la décision. L'échec de Google+ est souvent cité comme exemple des limites de l'effet réseau : une plateforme sociale ne peut pas être imposée par décision d'entreprise si les utilisateurs ne l'adoptent pas spontanément parce que leurs contacts y sont déjà.

Meta (ex-Facebook) : l'empire social construit par acquisitions

Meta Platforms (renommé ainsi en octobre 2021, mais anciennement Facebook, Inc.) est de loin le GAFAM le plus présent dans les réseaux sociaux. La stratégie de Mark Zuckerberg a consisté à acquérir les applications sociales menaçant la domination de Facebook, plutôt que de les laisser grandir en concurrents.

Instagram a été racheté en avril 2012 pour environ un milliard de dollars alors que la plateforme comptait 13 employés et aucun revenu. Considérée comme folle à l'époque, cette acquisition est aujourd'hui unanimement reconnue comme l'une des meilleures de l'histoire du numérique. Instagram dépasse 2 milliards d'utilisateurs actifs mensuels et génère une part considérable des revenus publicitaires de Meta.

WhatsApp a été acheté en février 2014 pour 19 milliards de dollars (la plus grande acquisition de l'histoire de Meta), au moment où l'application de messagerie dépassait 450 millions d'utilisateurs. Avec plus de 2 milliards d'utilisateurs actifs aujourd'hui dans plus de 180 pays, WhatsApp est devenu la messagerie de référence dans de nombreux marchés, notamment en Europe, en Amérique latine et en Asie du Sud. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un réseau social à proprement parler (pas de profil public ni de flux de contenu), son intégration dans l'écosystème Meta est totale depuis 2021.

Threads, lancé en juillet 2023 par Meta en réponse aux turbulences chez Twitter/X, est la tentative la plus récente du groupe de créer une plateforme de microblogging. Le lancement record (100 millions d'inscriptions en cinq jours) a été suivi d'une perte d'engagement importante, mais la plateforme maintient une présence significative et s'est intégrée avec le protocole ActivityPub, lui permettant d'interagir avec d'autres plateformes du Fediverse.

Apple : discret par choix stratégique

Apple est le GAFAM le moins présent dans les réseaux sociaux, et c'est un choix délibéré. La seule tentative sérieuse de la marque dans ce domaine a été Ping, un réseau social musical intégré à iTunes en septembre 2010. L'idée était de permettre aux utilisateurs de partager leurs goûts musicaux, de suivre les artistes et d'interagir autour de la musique. Ping n'a jamais décollé : absence d'intégration Facebook (les négociations avec Zuckerberg ont échoué), expérience utilisateur décevante et manque d'effet réseau ont conduit à sa fermeture en septembre 2012, deux ans seulement après son lancement.

Depuis, Apple a préféré se positionner comme gardien de la confidentialité plutôt que comme acteur social. Les fonctionnalités App Tracking Transparency (ATT) introduites dans iOS 14.5 en 2021 ont profondément perturbé le modèle publicitaire de Meta en obligeant les applications à demander l'autorisation explicite de l'utilisateur avant de le suivre. Cette décision a coûté à Meta plusieurs milliards de dollars de revenus publicitaires et illustre comment Apple utilise son contrôle de l'écosystème iOS comme levier stratégique face aux autres GAFAM.

Amazon : une présence sociale marginale

Amazon n'a jamais fait des réseaux sociaux un axe stratégique majeur. Deux tentatives méritent d'être mentionnées. Amazon Spark, lancé en 2017 sur l'application Prime, était un flux de contenu permettant aux membres Prime de partager photos et histoires autour de produits Amazon. L'idée consistait à combiner commerce et partage social, mais l'adoption est restée très limitée et le service a été discrètement fermé en 2019.

Goodreads, acquis en mars 2013, est la plateforme sociale la plus active dans le portefeuille Amazon. Elle permet à des millions de lecteurs de cataloguer leurs lectures, de donner des avis, de rejoindre des groupes de discussion et de suivre leurs auteurs préférés. Goodreads compte plus de 150 millions de membres et constitue une source précieuse de données sur les comportements de lecture, utiles pour les recommandations de Kindle et les ventes de livres sur Amazon.

Microsoft : LinkedIn comme réseau social professionnel mondial

Microsoft a réalisé en juin 2016 l'acquisition la plus structurante de son histoire récente dans le domaine social en rachetant LinkedIn pour 26,2 milliards de dollars. Fondé en 2003, LinkedIn était déjà le réseau social professionnel dominant à l'échelle mondiale. L'intégration dans l'écosystème Microsoft a permis de connecter LinkedIn à Teams, Office 365 et Dynamics 365, créant des synergies réelles pour les entreprises utilisatrices.

LinkedIn dépasse aujourd'hui 1 milliard de membres dans plus de 200 pays, génère plusieurs milliards de dollars de revenus annuels (publicité, recrutement, formation via LinkedIn Learning, abonnements Premium) et reste la plateforme de référence pour le networking professionnel, la veille sectorielle et le recrutement. L'acquisition est aujourd'hui unanimement considérée comme un succès stratégique pour Microsoft.

La tentative moins heureuse de Microsoft dans les réseaux sociaux fut So.cl, lancé en 2011 par Microsoft Research comme espace de partage social et de collaboration. Destiné initialement aux étudiants, il n'a jamais dépassé un cercle d'utilisateurs très restreint et a été fermé en mars 2017.

GAFAMRéseau social actifStatutUtilisateurs (2024)
Google / AlphabetYouTubeActif2,5 Mds
Meta (ex-Facebook) LeaderFacebook, Instagram, WhatsApp, ThreadsActif3,2 Mds (Facebook seul)
AppleAucun (Ping fermé)FerméN/A
AmazonGoodreadsActif150 M
MicrosoftLinkedInActif1 Md

Ce que révèlent ces acquisitions sur les stratégies GAFAM

La cartographie des réseaux sociaux appartenant aux GAFAM met en lumière des logiques stratégiques très différentes. Meta a construit son empire social par acquisition défensive : chaque réseau racheté (Instagram, WhatsApp) était soit une menace potentielle à la domination de Facebook, soit un accès à une démographie ou un marché géographique que Facebook ne captait pas bien. Cette stratégie a été partiellement bloquée par les autorités antitrust (la FTC américaine a tenté sans succès de contraindre Meta à désinvestir Instagram et WhatsApp en 2020-2021).

Google a misé sur la vidéo plutôt que sur le réseau social généraliste, ce qui s'est avéré beaucoup plus judicieux. YouTube est devenu une plateforme distincte de Google Search tout en alimentant les mêmes revenus publicitaires. L'échec de Google+ illustre que la position dominante dans la recherche ne se transfère pas automatiquement aux réseaux sociaux.

Microsoft a choisi le créneau professionnel avec LinkedIn, évitant la concurrence frontale avec Meta sur le marché grand public. Cette spécialisation lui permet de proposer une offre cohérente pour les entreprises : communication (Teams), productivité (Office 365), CRM (Dynamics) et réseau professionnel (LinkedIn) forment un ensemble intégré difficile à concurrencer.

Pour les annonceurs et les entreprises qui utilisent ces plateformes, connaître l'appartenance des réseaux sociaux n'est pas qu'une curiosité culturelle. Cela permet de comprendre les politiques de données (Meta mutualise les données entre Facebook, Instagram et WhatsApp), les changements d'algorithmes qui répondent à des impératifs groupe, et les risques de concentration qui exposent votre stratégie marketing si un seul acteur contrôle plusieurs de vos canaux d'acquisition.

À retenir

  • Meta possède Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads : les quatre plateformes partagent des données et obéissent à une stratégie commune, ce qui crée une dépendance forte pour les annonceurs.
  • YouTube appartient à Google depuis 2006 : c'est aujourd'hui le deuxième moteur de recherche mondial et l'un des actifs publicitaires les plus rentables d'Alphabet.
  • LinkedIn est une filiale de Microsoft depuis 2016, intégrée à l'écosystème Office/Teams/Dynamics pour les entreprises.
  • Apple et Amazon sont les moins actifs dans les réseaux sociaux : Apple a fait de la protection de la vie privée un argument concurrentiel face aux plateformes publicitaires des autres GAFAM.