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Combien de temps faut-il conserver ses factures ? Durées légales 2025

Publié le 13 octobre 2025, 6 min de lecture

Combien de temps faut-il conserver ses factures ?

Un gérant de SARL a reçu un contrôle fiscal six ans après la création de son entreprise. Il avait jeté ses factures fournisseurs au bout de trois ans, pensant bien faire. Cette erreur lui a coûté 14 000 euros de régularisation faute de justificatifs. Connaître les durées légales de conservation des documents comptables n'est pas une formalité administrative : c'est une protection concrète.

Combien de temps faut-il conserver ses factures ?

La durée de conservation des factures dépend de leur nature et de la réglementation applicable. Pour les factures commerciales émises ou reçues dans le cadre d'une activité professionnelle, la règle générale est de 10 ans à compter de la clôture de l'exercice comptable auquel elles se rattachent. C'est le délai imposé par le Code de commerce (article L.123-22). Mais d'autres délais s'appliquent selon la nature du document et la réglementation fiscale ou sociale concernée.

Les durées légales selon la catégorie de document

Le cadre légal distingue plusieurs régimes de conservation selon l'origine réglementaire de l'obligation. Le droit commercial impose 10 ans pour les livres comptables, les pièces justificatives et les factures. Le droit fiscal impose un délai minimal de 6 ans pour les documents permettant de justifier les déclarations fiscales, correspondant à la durée du droit de reprise de l'administration fiscale. Le droit social impose 5 ans pour les documents liés à la paie et aux cotisations sociales.

La règle pratique à retenir est simple : appliquez toujours la durée la plus longue applicable. Une facture fournisseur qui touche à la fois à la comptabilité et à la TVA doit être conservée 10 ans (durée commerciale), même si le droit fiscal n'exigerait que 6 ans. Cette précaution évite toute discussion lors d'un contrôle.

Type de documentDurée légaleBase légale
Factures commerciales (émises et reçues)10 ansCode de commerce, art. L.123-22
Livres et registres comptables10 ansCode de commerce, art. L.123-22
Documents fiscaux (déclarations, avis)6 ansLivre des procédures fiscales, art. L.102 B
Bulletins de paie et documents sociaux5 ansCode du travail, art. L.3243-4
Contrats conclus par voie électronique10 ans (si supérieur à 120 €)Code de la consommation, art. L.213-1
Documents douaniers3 ansCode des douanes, art. 322

Le point de départ du délai

Une confusion fréquente porte sur le point de départ du délai de conservation. Pour les factures commerciales, le délai de 10 ans ne court pas à compter de la date de la facture, mais à compter de la clôture de l'exercice comptable auquel elle se rattache. Concrètement, une facture datée du 15 mars 2020 pour une société clôturant au 31 décembre doit être conservée jusqu'au 31 décembre 2030, soit 10 ans après la clôture de l'exercice 2020.

Pour les documents fiscaux, le délai de 6 ans court à compter de la date à laquelle l'impôt concerné est devenu exigible. Pour la TVA collectée en janvier 2024 et déclarée en février 2024, le délai expire en février 2030. Cette distinction peut sembler technique mais elle est déterminante lors d'un contrôle fiscal qui s'intéresse à des exercices anciens.

Le droit de reprise étendu de l'administration

L'administration fiscale dispose en principe d'un droit de reprise de 3 ans (délai de prescription classique), mais ce délai peut être étendu à 6 ans en cas d'activité occulte ou d'insuffisance grave, et même à 10 ans en cas de fraude avérée. Conserver vos justificatifs pendant 10 ans vous protège dans tous les scénarios, y compris les plus défavorables.

Factures papier ou électroniques : les mêmes obligations

Depuis la réforme de la facturation électronique, les factures dématérialisées ont exactement le même statut juridique que les factures papier. La facture électronique doit être conservée sous forme électronique et garantir l'authenticité de son origine, l'intégrité de son contenu et sa lisibilité pendant toute la durée légale de conservation.

Concrètement, il ne suffit pas de scanner une facture papier et de jeter l'original. La numérisation de conservation nécessite un processus certifié (norme NF Z 42-026) pour avoir la même valeur probante que l'original papier. Sans cette certification, l'original papier doit être conservé même si une copie numérique existe. La plupart des logiciels de comptabilité en ligne (dont ceux certifiés pour la facturation électronique obligatoire progressive depuis 2024) intègrent une fonctionnalité d'archivage à valeur probante.

Comment organiser son archivage efficacement

L'organisation de l'archivage n'est pas une question réservée aux grandes entreprises. Une TPE qui accumule 200 factures par mois représente 24 000 documents sur 10 ans, soit une masse documentaire impossible à gérer sans méthode. Voici les approches pratiques qui fonctionnent pour les structures de moins de 50 salariés.

L'archivage numérique classé par exercice comptable est la base minimale. Un arbre de dossiers structuré par année, puis par mois, puis par fournisseur ou client permet de retrouver n'importe quel document en moins de deux minutes. Couplé à une nomenclature de fichier standardisée (date_fournisseur_montant_numéro), il évite les doublons et les confusions.

La sauvegarde en trois exemplaires sur trois supports différents (disque local, cloud, disque externe hors site) suit la règle 3-2-1 recommandée par tous les spécialistes de la sécurité des données. La perte d'une archive de factures lors d'un incident informatique ou d'un sinistre (incendie, dégât des eaux) sans sauvegarde est une catastrophe absolue lors d'un contrôle fiscal.

  1. Classer en temps réel

    Dès la réception d'une facture, numérisez-la et classez-la dans le dossier correspondant à l'exercice et au mois en cours. Ne laissez jamais s'accumuler des lots de factures non classées.

  2. Nommer les fichiers avec méthode

    Adoptez une nomenclature fixe : AAAA-MM-JJ_Fournisseur_Montant.pdf. Cette convention permet une recherche efficace et évite les doublons lors des exports comptables.

  3. Sauvegarder sur trois supports

    Appliquez la règle 3-2-1 : une copie locale, une en cloud (Google Drive, Dropbox, OneDrive), une sur disque externe stocké hors des locaux de l'entreprise.

  4. Vérifier la lisibilité à 5 ans

    Les formats PDF/A sont recommandés pour l'archivage long terme car ils embarquent les polices et restent lisibles indépendamment des logiciels. Évitez les formats propriétaires qui pourraient devenir illisibles avec les évolutions technologiques.

  5. Documenter la destruction

    À l'expiration du délai légal, consignez la date de destruction dans un registre simple. En cas de contrôle portant sur une période antérieure, vous pouvez ainsi justifier que la destruction a été faite en conformité avec la loi.

Simplifiez avec un logiciel GED

Un logiciel de gestion électronique des documents (GED) comme Yooz, Pennylane ou Dext automatise la capture, le classement et l'archivage des factures. Le coût mensuel (entre 30 et 150 euros selon le volume) est très souvent inférieur au temps perdu en classement manuel et à la valeur des litiges liés aux documents introuvables.

Les risques concrets en cas de non-respect

L'absence de factures lors d'un contrôle fiscal a des conséquences directes et documentées. L'administration peut rejeter la déduction des charges pour lesquelles aucun justificatif n'est présenté, ce qui entraîne une réintégration dans le bénéfice imposable. Elle peut également refuser la récupération de la TVA correspondante. Dans les deux cas, les rappels d'impôt sont assortis d'intérêts de retard de 0,20 % par mois et de majorations pouvant atteindre 40 % en cas de manquement délibéré.

Pour les entreprises soumises à des contrôles sectoriels spécifiques (marchés publics, secteur alimentaire, BTP), les durées de conservation peuvent être encore plus longues et dépasser 10 ans. Dans ces secteurs, une conservation de 15 ans est parfois recommandée pour couvrir l'ensemble des délais de prescription applicables aux litiges contractuels.

À retenir

  • Les factures commerciales doivent être conservées pendant 10 ans à compter de la clôture de l'exercice (Code de commerce, art. L.123-22), quelle que soit leur forme (papier ou électronique).
  • Le délai fiscal est de 6 ans minimum, mais appliquer toujours la durée la plus longue est la règle de prudence à suivre systématiquement.
  • La numérisation seule ne remplace pas l'original papier sauf si elle est réalisée selon la norme NF Z 42-026 ou via un logiciel certifié.
  • Un archivage en trois exemplaires sur trois supports différents (local, cloud, disque externe hors site) est la garantie minimale contre les sinistres informatiques.