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INS : Comprendre l'acronyme pour les imprimés non sollicités

Publié le 15 avril 2024, 7 min de lecture

INS : Comprendre l'acronyme pour les imprimés non sollicités

Chaque semaine, des millions de ménages français ouvrent leur boîte aux lettres et y trouvent des prospectus, catalogues et offres commerciales qu'ils n'ont jamais demandés. Ces documents ont un nom dans le vocabulaire du marketing et de la communication : les INS, pour imprimés non sollicités. Derrière cet acronyme discret se cachent des enjeux importants pour les entreprises qui les diffusent et pour les destinataires qui les reçoivent, qu'il s'agisse de consommateurs ou de professionnels. Voici tout ce qu'il faut savoir.

Définition des INS : ce que recouvre l'acronyme

Un imprimé non sollicité désigne tout support d'information ou de communication dont la diffusion est initiée par un expéditeur sans que le destinataire en ait fait la demande préalable. Cette définition est plus large qu'on ne le pense de prime abord. Elle couvre évidemment les prospectus publicitaires glissés dans les boîtes aux lettres, mais aussi les catalogues de vente par correspondance, les plaquettes d'information distribuées dans les espaces publics, les invitations à des salons professionnels envoyées sans qualification préalable, et les courriers électroniques non sollicités, communément appelés spam.

La distinction fondamentale entre un INS et une communication légitime est l'absence de consentement préalable. Un abonné à une newsletter a consenti à recevoir des communications : ce n'est pas un INS. Un client qui a coché une case pour recevoir des offres promotionnelles lors de son inscription sur un site : pas un INS non plus. En revanche, une entreprise qui achète une base de contacts et envoie des offres commerciales sans vérification du consentement produit des INS, qu'elle le veuille ou non.

Les différentes formes d'imprimés non sollicités

Les INS se manifestent sous des formes très diverses selon les canaux et les secteurs.

Les imprimés papier

Les prospectus et dépliants publicitaires représentent la forme la plus visible des INS. La grande distribution est historiquement le secteur qui en produit le plus grand volume : une enseigne de supermarché peut distribuer plusieurs centaines de millions de tracts publicitaires par an sur l'ensemble du territoire. Les catalogues de vente à distance (mobilier, vêtements, matériel de bricolage) constituent un autre type d'INS papier significatif, notamment parce qu'ils impliquent des volumes d'impression et de port importants.

Les invitations professionnelles non ciblées (salons, conférences, séminaires) entrent également dans cette catégorie quand elles sont adressées à des listes non qualifiées. Un professionnel qui reçoit chaque semaine plusieurs dizaines d'invitations à des événements sans rapport avec son activité en fait l'expérience directe.

Les INS numériques

Le spam électronique est la forme numérique dominante des INS. Il représente encore aujourd'hui une part significative du trafic email mondial, même si les filtres anti-spam des messageries ont considérablement réduit ce qui parvient effectivement dans les boîtes de réception. Les messages commerciaux non sollicités sur les réseaux sociaux (demandes de connexion LinkedIn à des fins commerciales immédiates, messages directs non sollicités) constituent une catégorie émergente d'INS numérique que la réglementation peine à encadrer aussi clairement que l'email.

Le dispositif Stop pub

En France, les consommateurs peuvent apposer un autocollant « Stop pub » sur leur boîte aux lettres pour signaler qu'ils refusent la distribution d'imprimés non sollicités. Ce dispositif, initié par l'ADEME, n'a pas de force contraignante légale absolue, mais les professionnels de la distribution sont tenus d'en respecter le signal. L'équivalent numérique est la liste d'opposition au démarchage téléphonique Bloctel, qui couvre les appels commerciaux non sollicités.

Le cadre réglementaire qui encadre les INS

La diffusion d'imprimés non sollicités est encadrée par plusieurs textes législatifs en France et en Europe. Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), entré en application en mai 2018, constitue le cadre principal pour les INS numériques. Il pose comme principe fondateur que le traitement des données personnelles à des fins de prospection commerciale nécessite le consentement explicite, libre, éclairé et révocable de la personne concernée.

Pour les communications BtoB (entre professionnels), le RGPD permet une interprétation plus nuancée : la prospection commerciale peut se fonder sur l'intérêt légitime du responsable de traitement, à condition que cette prospection soit cohérente avec l'activité professionnelle du destinataire. Un consultant RH qui reçoit une offre de logiciel RH est dans une situation différente d'un particulier qui reçoit la même offre sur son adresse personnelle. Mais cette notion d'intérêt légitime a des limites et ne justifie pas l'envoi de communications en masse sans qualification préalable.

La directive ePrivacy (transposée en France dans la loi Informatique et Libertés et les codes des postes et communications électroniques) encadre spécifiquement les communications électroniques. Elle impose un consentement préalable pour l'envoi de courriers électroniques commerciaux aux consommateurs, et permet le ciblage des professionnels sous conditions plus souples mais néanmoins strictes.

L'impact des INS sur les entreprises qui les reçoivent

Dans le contexte professionnel, les imprimés non sollicités génèrent des coûts indirects souvent sous-estimés. Le temps consacré à trier, classifier et éliminer les documents non pertinents (papier ou électronique) représente une charge réelle pour les équipes. Une étude réalisée en 2022 par un cabinet spécialisé en organisation du travail estimait qu'un salarié de bureau consacre en moyenne 28 minutes par jour à la gestion de ses emails, dont une part significative concerne des messages non sollicités ou peu pertinents. Sur un effectif de 50 personnes, c'est l'équivalent de plusieurs dizaines d'heures de travail par semaine perdues en traitement de communications non utiles.

La saturation des canaux de communication est une conséquence moins visible mais tout aussi réelle. Quand un décideur reçoit quotidiennement des dizaines de sollicitations commerciales, il développe des mécanismes de filtrage automatique qui rejettent indifféremment les INS et les communications légitimes. Les entreprises qui investissent dans des communications ciblées et pertinentes voient leur taux d'ouverture et d'engagement diminuer mécaniquement à mesure que la concurrence pour l'attention augmente.

L'impact environnemental des INS papier

La question environnementale est désormais centrale dans le débat sur les imprimés non sollicités. La production d'un prospectus papier implique une consommation de matières premières (pâte à papier), d'énergie pour la fabrication et l'impression, et des émissions liées à la distribution logistique. Une partie significative de ces imprimés est jetée sans avoir été lue, transformant l'ensemble du processus en pure perte de ressources.

L'ADEME estime que les imprimés non adressés représentent environ 800 000 tonnes de papier par an en France, dont une majorité finit dans les bacs de collecte sélective ou la poubelle sans avoir été consultée. Face à ces chiffres, un nombre croissant d'entreprises réévalue leur stratégie de distribution papier et se demande si le ratio entre le coût de production, le coût environnemental et l'efficacité commerciale réelle justifie encore ce canal pour des communications non ciblées.

Cycle de vie et impact d'un imprimé non sollicitéQu'arrive-t-il aux INS papier ?ProductionPapier + impressionDistributionLogistique + livraisonRéceptionBoite aux lettresLu et conservé~20 % des casJeté sans lecture~80 % des casSource : estimations ADEME
La majorité des imprimés non sollicités est jetée sans avoir été lue, générant un coût environnemental sans contrepartie commerciale.

Bonnes pratiques pour les entreprises qui diffusent des INS

Une entreprise qui souhaite utiliser des imprimés ou des messages non sollicités sans en subir les effets négatifs (image de marque dégradée, sanctions réglementaires, faible ROI) doit adopter plusieurs bonnes pratiques. La qualification préalable des listes est la première : plutôt qu'un envoi en masse, ciblez les segments de votre base qui présentent une probabilité élevée d'intérêt pour votre offre. Un taux de réponse de 3 % sur 10 000 contacts qualifiés vaut infiniment mieux qu'un taux de 0,3 % sur 100 000 contacts achetés en masse.

La personnalisation est le deuxième levier. Un document qui s'adresse à « Monsieur, Madame » est perçu comme un INS même s'il vous intéresse légèrement. Un document qui mentionne votre secteur d'activité, votre taille d'entreprise et propose une solution à un problème que vous rencontrez spécifiquement a beaucoup plus de chances d'être lu et d'engager une conversation. La personnalisation coûte plus cher à produire mais réduit le volume nécessaire pour atteindre le même résultat commercial.

Le respect scrupuleux du droit à l'opposition est enfin une obligation légale et une bonne pratique de réputation. Toute communication commerciale doit inclure un moyen simple de se désinscrire (unsubscribe) et ce droit doit être traité dans les 72 heures. Une entreprise qui continue à envoyer des messages à des personnes qui ont demandé à ne plus en recevoir s'expose à des sanctions de la CNIL et à une atteinte durable à son image de marque.

À retenir

  • Un INS (imprimé non sollicité) est tout document commercial ou publicitaire distribué sans demande préalable du destinataire, qu'il soit papier ou numérique.
  • Le RGPD encadre strictement la prospection numérique non sollicitée : le consentement préalable est la règle pour les consommateurs, l'intérêt légitime sous conditions pour les professionnels.
  • L'impact environnemental des INS papier est significatif (environ 800 000 tonnes par an en France) et de plus en plus scruté par les consommateurs et les pouvoirs publics.
  • Qualifier les listes, personnaliser les communications et respecter le droit à l'opposition sont les trois pratiques indispensables pour un usage responsable et efficace des communications non sollicitées.