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Qu'est-ce que la stratégie d'internationalisation ?

Publié le 10 décembre 2020, 7 min de lecture

Qu'est-ce que la stratégie d'internationalisation ?

Sephora a ouvert sa première boutique hors de France à Prague en 1997. Apple a attendu 2001 pour ouvrir son premier Apple Store hors des États-Unis, à Tokyo. Michelin a commencé à exporter ses pneus en 1898 et compte aujourd'hui 68 sites de production dans 17 pays. Chacune de ces entreprises a construit sa stratégie d'internationalisation différemment, en fonction de son modèle économique, de ses ressources et de ses marchés cibles. Il n'existe pas de chemin universel.

En marketing d'entreprise, on répertorie de nombreuses stratégies. Chacune sera adaptée à un besoin de développement spécifique. La stratégie d'internationalisation vise à développer les activités d'une entreprise au-delà des frontières nationales, que ce soit pour accéder à de nouveaux clients, rationaliser les coûts de production ou diversifier les risques. Mais la mettre en oeuvre demande une préparation rigoureuse.

Internationalisation et délocalisation : ne pas confondre

Une précision sémantique s'impose d'emblée. L'internationalisation désigne le développement commercial à l'international : vendre ses produits ou services sur de nouveaux marchés étrangers. La délocalisation, elle, désigne le transfert d'une activité productive (usine, centre d'appels) vers un pays où les coûts sont plus bas. Les deux peuvent se combiner, mais ce sont des décisions distinctes.

Total (désormais TotalEnergies) illustre cette distinction : l'entreprise s'est internationalisée en explorant et produisant des hydrocarbures dans une centaine de pays, tout en maintenant ses activités de raffinage et de R&D en France. Michelin, lui, a internationalisé à la fois ses ventes et sa production, en implantant des usines sur tous les continents pour réduire les coûts de transport et s'adapter aux spécificités locales des chaussées et des réglementations.

Les différentes formes d'internationalisation

Le choix de la forme d'internationalisation est probablement la décision la plus structurante du processus. Chaque forme implique un niveau d'engagement financier, un niveau de contrôle et un niveau de risque différents.

L'export direct et indirect

L'export est la forme la plus accessible et la moins risquée d'internationalisation. En export direct, l'entreprise vend directement à des clients étrangers, sans intermédiaire local. En export indirect, elle passe par un agent commercial, un importateur ou un distributeur présent dans le pays cible. L'export indirect est plus simple à mettre en place (pas d'équipe dédiée, risque financier limité), mais le niveau de contrôle sur la relation client et l'image de marque est moindre.

La franchise internationale

La franchise permet de se développer rapidement à l'international sans investissement en capital dans les pays cibles. Le franchiseur apporte son concept, sa marque et son savoir-faire ; le franchisé investit localement et verse des royalties. C'est le modèle qu'a utilisé McDonald's pour couvrir 100 pays en quelques décennies. Son inconvénient est la dépendance à la qualité des franchisés locaux, qui peuvent nuire à l'image de la marque en cas de mauvaise gestion.

La joint-venture

La joint-venture (coentreprise) consiste à créer une structure commune avec un partenaire local. C'est le mode d'entrée privilégié dans les pays où les réglementations imposent une participation locale au capital (Chine, Arabie Saoudite, Inde dans certains secteurs). L'avantage est l'accès au réseau et aux connaissances du partenaire local ; le risque est le partage du contrôle et les potentiels conflits d'intérêts.

L'implantation locale (filiale)

Créer une filiale à l'étranger donne le contrôle maximal sur les opérations, mais requiert l'investissement le plus lourd. C'est le modèle utilisé par Sephora pour ses boutiques en propre, par Apple pour ses Apple Stores, et par la plupart des grandes banques et compagnies d'assurance. La filiale est une entité juridique autonome dans le pays cible, ce qui implique de respecter le droit local du travail, le droit fiscal et les réglementations sectorielles.

Le e-commerce international

Le e-commerce transfrontalier est une forme d'internationalisation accessible aux PME et même aux TPE. Vendre via Amazon Europe, un site en anglais ou espagnol, ou des marketplaces locales (Zalando en Europe, Alibaba en Chine) permet d'atteindre des clients étrangers sans implantation physique. Les enjeux sont la logistique (délais, coûts de livraison, retours), la conformité réglementaire (TVA, droit de la consommation local) et l'adaptation linguistique et culturelle.

Forme Investissement Contrôle Vitesse Idéale pour
Export indirectPoint de départ Faible Faible Rapide PME primo-exportatrices
E-commerce international Faible à moyen Moyen Rapide Produits standardisés
Franchise internationale Faible (côté franchiseur) Moyen Très rapide Concepts standardisables
Joint-venture Moyen Partagé Moyen Marchés réglementés
Filiale en propre Élevé Total Lent Marchés stratégiques à long terme

Les critères pour choisir son marché cible

Choisir le bon marché est souvent plus important que choisir la bonne forme d'entrée. Une entreprise bien implantée sur un mauvais marché aura du mal à s'en sortir, même avec les meilleures équipes. Les critères d'analyse sont nombreux, mais certains sont incontournables.

La taille et le potentiel du marché est le premier filtre. Un marché de 50 millions de consommateurs avec un pouvoir d'achat élevé est naturellement plus attractif qu'un marché de 5 millions. Mais la taille brute ne suffit pas : il faut analyser le taux de croissance du segment pertinent pour votre produit, la maturité de la demande et la structure de la concurrence locale.

La distance culturelle est un facteur souvent sous-estimé. Les entreprises françaises réussissent généralement mieux en Espagne, Belgique, Portugal ou Italie qu'au Japon ou en Chine, non pas pour des raisons de compétitivité, mais parce que les attentes des consommateurs, les pratiques commerciales et les codes relationnels sont plus proches. La théorie de la distance psychique (Johanson et Vahlne, 1977) décrit précisément ce phénomène : les entreprises ont tendance à s'internationaliser d'abord vers les marchés culturellement proches.

La stabilité politique et macroéconomique est un critère de risque fondamental. Investir dans un marché soumis à une forte instabilité politique, des risques de nationalisation ou une inflation incontrôlée peut rendre rentable à court terme mais très risqué à moyen terme. Des outils comme le Business Climate (Coface) ou le Ease of Doing Business Index (Banque mondiale) permettent d'objectiver ce risque.

Les barrières réglementaires peuvent rendre l'entrée sur certains marchés très coûteuse ou très longue. Les certifications obligatoires, les normes techniques spécifiques, les quotas d'importation ou les exigences de contenu local doivent être étudiés dès la phase d'analyse. C'est particulièrement vrai dans les secteurs réglementés : santé, alimentation, finance, énergie.

Outil pratique

Business France propose des études de marché sectorielles par pays, accessibles gratuitement ou à faible coût pour les adhérents. Avant de vous aventurer sur un nouveau marché, leur réseau de conseillers locaux dans 56 pays peut vous fournir une analyse terrain en quelques semaines.

Les aides disponibles pour s'internationaliser

Les PME françaises bénéficient d'un écosystème d'aides à l'internationalisation parmi les plus développés d'Europe. Business France est l'agence nationale d'appui à l'internationalisation : elle organise des missions collectives, des pavillons France sur les salons internationaux, et propose le Volontariat International en Entreprise (VIE), qui permet d'envoyer un jeune professionnel à l'étranger avec une prise en charge partielle par l'État.

BPI Export (Bpifrance) propose des garanties sur les crédits export, des assurances contre le risque de non-paiement des clients étrangers, et des prêts dédiés à l'internationalisation. L'assurance prospection, qui rembourse une partie des frais de prospection en cas d'échec, est particulièrement appréciée des PME qui craignent de perdre leur investissement sur un nouveau marché.

Coface (Compagnie Française d'Assurance pour le Commerce Extérieur) offre des solutions d'assurance-crédit pour sécuriser les créances sur des acheteurs étrangers. C'est un outil indispensable pour les entreprises qui accordent des délais de paiement à leurs clients internationaux, particulièrement dans les pays à risque élevé.

Les Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI) disposent toutes d'un service international qui propose des diagnostics export, des formations et des mises en relation avec leurs homologues étrangers. Cette approche locale d'appui à l'internationalisation complète bien les dispositifs nationaux de Business France.

S'internationaliser, c'est aussi savoir gérer sa structure juridique et financière en conséquence. Le montage en holding peut s'avérer pertinent pour les entreprises qui créent des filiales à l'étranger, car il permet d'optimiser la remontée des dividendes étrangers. Et à mesure que les transactions internationales se multiplient, la facturation électronique devient un outil central pour fluidifier les échanges B2B transfrontaliers.

À retenir

  • Il existe cinq grandes formes d'internationalisation : export, e-commerce, franchise, joint-venture et filiale en propre, avec des niveaux d'investissement et de contrôle très différents.
  • Le choix du marché cible est aussi stratégique que le choix de la forme : taille, potentiel, distance culturelle, risque politique et barrières réglementaires doivent tous être analysés.
  • Business France, Bpifrance Export et Coface forment l'écosystème d'aides françaises à l'internationalisation, souvent sous-utilisé par les PME.
  • L'export indirect est la porte d'entrée logique pour les entreprises qui s'internationalisent pour la première fois : risque faible, apprentissage rapide.
  • La distance culturelle est un facteur prédictif fort du succès : commencez par les marchés culturellement proches (Europe du Sud, Belgique) avant d'attaquer des marchés plus lointains.