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Prévoyance auto-entrepreneur : les 3 points à retenir absolument

Publié le 29 juillet 2022, 10 min de lecture

prevoyance auto entrepreneur

Un consultant freelance sur deux n'a aucune prévoyance digne de ce nom. Pas par négligence, mais parce que personne ne leur a expliqué clairement ce qui se passe quand ils tombent malades pendant trois mois. La réponse est brutale : en régime auto-entrepreneur, une incapacité temporaire de travail vous rapporte des indemnités journalières qui dépassent rarement 25 euros par jour, soumises à des conditions de durée d'affiliation strictes. Pour quelqu'un qui facture 3 000 euros par mois, c'est un gouffre financier immédiat.

Ce n'est pas un sujet que les organismes de formation au statut auto-entrepreneur abordent volontiers. On vous parle du plafond de chiffre d'affaires, du calcul des cotisations, du régime de la micro-entreprise, mais rarement de ce qui se passe si votre corps décide de vous lâcher. Or, c'est précisément là que le régime des travailleurs non salariés révèle ses limites les plus concrètes et les plus douloureuses.

Cet article ne cherche pas à vous vendre un contrat. Il cherche à vous donner une vision claire des risques réels et des solutions disponibles, pour que vous puissiez faire un choix informé, avec l'aide d'un conseiller financier personnalisé si vous en ressentez le besoin.

Ce que le régime auto-entrepreneur couvre vraiment

En tant qu'auto-entrepreneur, vous êtes affilié au régime général de la Sécurité sociale depuis 2018. C'est une évolution importante par rapport à l'ancien régime RSI, mais cela ne signifie pas pour autant que votre couverture est équivalente à celle d'un salarié.

Sur l'assurance maladie de base, vous êtes effectivement couvert pour les remboursements de soins, comme n'importe quel assuré. Mais pour les indemnités journalières en cas d'arrêt de travail, les conditions sont bien plus restrictives. Pour y avoir droit, vous devez justifier d'un revenu annuel minimum d'environ 4 000 euros sur l'année précédente. Si vous venez de démarrer ou si votre activité est saisonnière, vous pouvez tout simplement passer entre les mailles.

Et même quand vous y avez droit, le montant de ces indemnités est calculé sur la base de vos revenus déclarés, après application d'un taux d'abattement forfaitaire propre au régime micro. En pratique, les indemnités journalières d'un auto-entrepreneur qui gagne 30 000 euros par an oscillent entre 20 et 30 euros par jour. Un salarié dans une situation équivalente peut espérer le double, voire davantage, grâce aux indemnités complémentaires de son employeur.

Pour la retraite, le constat est similaire : vous cotisez, mais sur des bases souvent faibles, ce qui se traduit par une pension très modeste si vous n'avez pas constitué d'épargne en parallèle. La prévoyance, c'est aussi anticiper ça.

Premier point : l'incapacité temporaire de travail

C'est le risque le plus immédiat et le plus souvent sous-estimé. Une fracture, un burnout, une opération chirurgicale avec convalescence : autant de situations qui peuvent vous mettre hors d'état de travailler pendant des semaines ou des mois. Pour un salarié, il y a les IJ de la Sécu, puis la prévoyance collective de l'entreprise. Pour vous, il y a les IJ de la Sécu, et rien d'autre si vous n'avez pas anticipé.

Un contrat de prévoyance individuelle couvrant l'incapacité temporaire de travail vous permet de percevoir une indemnité journalière complémentaire, dont le montant est fixé au moment de la souscription. Typiquement, on choisit un montant qui complète les IJ de la Sécu pour atteindre 60 à 80 % de ses revenus habituels. C'est ce ratio qui permet de maintenir son niveau de vie sans puiser dans son épargne.

Le coût de cette garantie dépend de votre âge, de votre état de santé, du montant d'indemnité choisi et du délai de franchise que vous acceptez (le nombre de jours d'arrêt avant que les indemnités ne commencent à courir). Plus la franchise est longue, moins la cotisation est élevée. Un délai de franchise de 30 jours est souvent un bon compromis : vous restez exposé sur le court terme, mais vous vous protégez contre les arrêts longs qui sont financièrement dévastateurs.

Délais de carence

La majorité des contrats de prévoyance prévoient un délai de carence de 15 à 90 jours avant que les indemnités ne soient versées. Si vous venez de souscrire, vous n'êtes donc pas immédiatement couvert. Anticipez la souscription avant d'en avoir besoin.

Deuxième point : l'invalidité permanente

L'invalidité permanente, c'est le scénario que personne ne veut envisager, et pourtant c'est celui qui justifie le plus clairement la nécessité d'une couverture sérieuse. Contrairement à l'incapacité temporaire qui se résout avec le temps, l'invalidité permanente modifie durablement votre capacité à exercer votre activité professionnelle.

La Sécurité sociale reconnaît trois catégories d'invalidité, selon le degré d'atteinte à la capacité de travail. En première catégorie, vous pouvez encore exercer une activité légère. En deuxième, vous êtes reconnu incapable d'exercer une profession quelconque. En troisième, vous avez besoin d'une assistance d'une tierce personne pour les actes essentiels de la vie.

Les pensions d'invalidité versées par la Sécu sont calculées sur la base de vos revenus, mais plafonnées à des montants qui restent modestes pour la plupart des indépendants. Un contrat de prévoyance avec garantie invalidité vous permettra de percevoir une rente mensuelle complémentaire, ou un capital selon les formules choisies, qui vous donnera les moyens de réorganiser votre vie sans urgence financière.

Cette garantie est souvent couplée à la garantie incapacité dans les contrats destinés aux travailleurs non salariés. Elle est d'autant plus importante que votre activité requiert des capacités physiques ou cognitives spécifiques. Un graphiste qui perd la mobilité d'une main, un consultant en déplacement permanent victime d'un accident de la route : les situations sont infiniment variées, mais le besoin de protection, lui, est universel.

Troisième point : le décès et la protection des proches

La prévoyance décès est souvent perçue comme un sujet tabou, donc remis à plus tard indéfiniment. Pourtant, c'est précisément là que l'absence de couverture peut avoir les conséquences les plus lourdes pour ceux qui restent.

Un salarié bénéficie généralement d'un capital décès versé à ses proches par la Sécurité sociale et par la prévoyance collective de son entreprise. Pour un auto-entrepreneur, le capital décès de la Sécu existe mais reste limité. Si vous avez des personnes à charge (conjoint, enfants), la question se pose très concrètement : en cas de décès prématuré, quelle sera leur situation financière ?

Une assurance décès individuelle ou une garantie décès intégrée dans un contrat de prévoyance vous permet de désigner un ou plusieurs bénéficiaires qui percevront un capital ou une rente à votre décès. Le montant est entièrement défini lors de la souscription, en fonction de vos besoins : rembourser un crédit immobilier, assurer l'avenir de vos enfants, permettre à votre conjoint de tenir le temps de se retourner.

C'est aussi un outil de projection financière à long terme : un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à calibrer le montant idéal en fonction de votre situation personnelle et professionnelle.

Les options disponibles pour les auto-entrepreneurs

Plusieurs formules coexistent sur le marché, avec des logiques différentes. Il n'existe pas de solution universelle : le bon choix dépend de votre chiffre d'affaires, de votre situation familiale, de votre appétence au risque et de votre budget.

Le contrat Madelin

Historiquement, le contrat Madelin était réservé aux travailleurs non salariés relevant du régime des indépendants au sens strict (artisans, commerçants, professions libérales). Depuis la fusion progressive des régimes, les auto-entrepreneurs peuvent dans certains cas y accéder, mais les conditions varient selon les assureurs.

L'avantage principal du contrat Madelin est sa déductibilité fiscale : les cotisations versées viennent en déduction du bénéfice imposable, dans les limites légales. Pour un auto-entrepreneur soumis au régime micro, cet avantage est toutefois limité, car vous ne déduisez pas vos charges réelles. C'est un point à bien vérifier avec un professionnel avant de vous engager.

Les contrats de prévoyance individuels pour indépendants

C'est la solution la plus accessible et la plus flexible. Proposés par les assureurs, les mutuelles et les instituts de prévoyance, ces contrats permettent de composer votre protection à la carte : incapacité, invalidité, décès, séparément ou ensemble.

La cotisation mensuelle dépend de nombreux facteurs, mais à titre indicatif, un contrat couvrant l'ITT avec 50 euros d'indemnité journalière et un délai de franchise de 30 jours peut coûter entre 30 et 80 euros par mois selon votre âge et votre état de santé. Ce n'est pas négligeable, mais c'est très inférieur au coût d'un arrêt de travail de deux mois sans revenus.

Comme le rappelle L'Entreprise (L'Express), la sous-assurance des indépendants est l'un des principaux facteurs de précarisation lors d'un coup dur. La prévoyance n'est pas un luxe de salarié : c'est un filet de sécurité que vous devez construire vous-même, puisque personne ne le fait à votre place.

La mutuelle santé complémentaire

Souvent distinguée de la prévoyance stricto sensu, la mutuelle santé mérite d'être mentionnée dans ce tour d'horizon. Si votre ancienne mutuelle était financée en partie par votre employeur, vous portez désormais seul le coût intégral de cette couverture.

Selon votre consommation de soins et votre situation familiale, les formules varient du simple au triple. Une mutuelle d'entrée de gamme peut suffire si vous êtes jeune et en bonne santé, mais si vous avez des frais optiques, dentaires ou des consultations fréquentes chez des spécialistes, une formule plus complète s'avère rapidement rentable.

Il est utile de choisir sa mutuelle en même temps que sa prévoyance, car certains contrats regroupent les deux garanties, ce qui simplifie la gestion et peut générer des économies sur la cotisation globale. Prendre le temps de définir clairement ses objectifs de couverture avant de comparer les offres évite de se retrouver avec un contrat inadapté.

Budget réaliste et ordre de priorité

La question du budget est souvent le frein principal. Voici comment aborder la question de façon pragmatique, sans vous surassurer ni vous exposer inutilement.

En premier lieu, l'incapacité temporaire de travail est la garantie la plus urgente si votre activité est votre seule source de revenus. C'est le risque le plus fréquent et celui dont les conséquences financières immédiates sont les plus sévères. C'est donc là qu'il faut commencer.

En deuxième priorité vient la mutuelle santé, si vous n'en avez pas. Les frais de santé non remboursés peuvent vite peser lourd, et une mauvaise couverture peut vous amener à reporter des soins, ce qui aggrave les problèmes à long terme.

Ensuite, la garantie invalidité et décès peut venir compléter le dispositif, surtout si vous avez des charges fixes importantes ou des personnes à charge. Ces garanties sont souvent moins coûteuses qu'on ne le croit, en particulier quand elles sont souscrites jeune et en bonne santé.

Pour calibrer précisément votre budget, il est conseillé de partir de vos revenus nets mensuels moyens et de définir le niveau de couverture minimum qui vous permettrait de faire face à vos charges fixes (loyer, crédit, abonnements) pendant au moins trois mois d'arrêt. C'est cette base qui détermine le montant d'indemnité journalière à viser dans votre contrat.

Risque couvertCoût mensuel indicatifPriorité
Incapacité temporaire de travail (ITT)30 à 80 eurosHaute - à souscrire en premier
Mutuelle santé complémentaire40 à 120 eurosHaute - indispensable sans employeur
Invalidité permanente20 à 60 euros (souvent couplé ITT)Moyenne - prioritaire si charges fixes lourdes
Décès / capital décès10 à 40 eurosMoyenne - prioritaire si personnes à charge

Ces fourchettes sont données à titre indicatif et peuvent varier sensiblement selon votre profil. Un conseil financier personnalisé vous permettra d'affiner ces estimations en fonction de votre situation réelle.

À retenir

  • En régime auto-entrepreneur, les indemnités journalières de la Sécurité sociale sont faibles et soumises à conditions : elles ne suffisent pas à maintenir votre niveau de vie en cas d'arrêt prolongé.
  • Les trois risques à couvrir en priorité sont l'incapacité temporaire de travail, l'invalidité permanente et le décès, dans cet ordre pour la plupart des profils.
  • Un contrat de prévoyance individuelle pour indépendants est la solution la plus accessible, avec un budget souvent inférieur à 100 euros par mois pour une couverture de base solide.
  • Les contrats prévoient un délai de carence : souscrivez avant d'en avoir besoin, pas au moment où vous tombez malade.