L'étude de faisabilité : définition, méthode et différence avec le business plan
Avant d'engager des ressources dans un projet, une heure de travail sur sa faisabilité peut éviter des mois d'investissement infructueux. Chaque entrepreneur est responsable des prises de décisions et de leur mise en application au sein de sa structure. Pour bien faire, chaque projet doit être savamment étudié afin de définir les conditions de sa réalisation. L'étude de faisabilité est l'outil qui permet cette évaluation rigoureuse, avant que les premières dépenses significatives soient engagées. Voici ce qu'elle couvre, comment la réaliser, et ce qui la distingue du business plan.
Qu'est-ce que l'étude de faisabilité ?
L'étude de faisabilité est un outil permettant d'évaluer la faisabilité d'un projet. Les dirigeants sont sans cesse confrontés au fait de devoir mettre des stratégies en place ou de résoudre des problématiques diverses. Afin de mesurer les impacts entraînés par la mise en place de ces stratégies, il est indispensable d'avoir une visibilité suffisante. Cela peut porter sur différents projets allant des problématiques économiques aux considérations d'ordre organisationnel.
Pour bien mener une étude de faisabilité, il est indispensable de procéder avec rigueur et méthode. C'est elle qui servira de cadre au projet, qui vous permettra de déterminer sa viabilité et d'établir un prévisionnel. L'étude de faisabilité n'est pas un document formel figé : c'est avant tout un processus de réflexion structurée qui conduit à une décision éclairée de poursuivre, modifier ou abandonner un projet.
Quand doit-on la mettre en place ?
On peut mettre en place une étude de faisabilité dès lors qu'un projet nécessite d'être étudié en profondeur. Cela peut se révéler pertinent dès le projet de création d'entreprise afin d'évaluer les risques et les opportunités. Mais également pour tout autre projet tel que la mise en vente d'un nouveau produit, afin d'en mesurer la rentabilité. Enfin, cela peut être opportun de réaliser une telle étude lors d'un projet d'implantation d'une filiale à l'étranger, pour pouvoir jauger de la santé du marché sur place.
Je conseille souvent lors de mes coachings de mettre en place une étude de faisabilité dès le moment où certaines questions se posent :
- Est-ce que la mise en oeuvre de mon projet sera rentable ?
- Est-ce que l'entreprise possède les ressources techniques et financières suffisantes pour son bon déroulement ?
- Le projet fait-il appel à de nouvelles compétences ?
Je conseille souvent de la réaliser en amont du business plan et de l'étude de marché. Elle permet de développer des axes qui seront intéressants à traiter ensuite.
Les quatre dimensions d'une étude de faisabilité complète
Une étude de faisabilité sérieuse couvre quatre dimensions complémentaires. Négliger l'une d'entre elles expose à des mauvaises surprises en cours de projet.
La faisabilité technique
Cette dimension évalue si les moyens techniques nécessaires à la réalisation du projet existent et sont accessibles. Elle répond à des questions concrètes : les technologies requises sont-elles matures et disponibles ? L'équipe dispose-t-elle des compétences nécessaires ou faut-il recruter ou former ? Les infrastructures existantes (locaux, équipements, systèmes d'information) sont-elles compatibles avec le projet ? Quels sont les risques technologiques identifiés ?
La faisabilité technique doit être évaluée sans optimisme excessif. Un projet dont la réussite technique repose sur une technologie non encore maîtrisée en interne ou sur un prestataire unique sans alternative présente un niveau de risque qu'il faut nommer clairement dans l'étude.
La faisabilité financière
Une fois que vous aurez ciblé les besoins nécessaires à la mise en place de votre projet, vous aurez une première vue sur sa faisabilité financière. L'étude doit porter sur les besoins en ressources mobilières et immobilières (achats, locations, matériel de bureau, entretien), les besoins en compétences (recrutement de personnels qualifiés, dépenses en formation, coût en sous-traitance), les besoins en production (matières premières), en exploitation (organisation) et en commercialisation (communication).
Attention à ne pas commettre l'erreur de réaliser un détail précis de chaque poste de dépense trop tôt. Fonctionnez de façon à obtenir une enveloppe globale qui vous donnera immédiatement une idée de la possible réalisation du projet. Si le budget établi de manière grossière vous paraît adapté, vous pourrez alors procéder à une étude des coûts plus poussée. Je conseille souvent aux chefs d'entreprise de faire une étude en trois parties : une analyse pessimiste, une raisonnable et une à tendance optimiste. Le but étant que vous soyez rentable en termes de chiffre d'affaires prévisionnel sur les trois études.
La faisabilité opérationnelle
Cette dimension évalue si l'organisation dispose de la capacité humaine, organisationnelle et temporelle pour mener le projet à bien tout en maintenant l'activité courante. Elle répond à des questions comme : l'équipe a-t-elle la bande passante pour absorber ce projet supplémentaire ? Les processus internes permettent-ils l'intégration du projet sans perturber le reste de l'activité ? Le calendrier prévu est-il réaliste ?
La faisabilité opérationnelle est souvent sous-estimée par les porteurs de projet enthousiastes. Un projet techniquement et financièrement viable peut échouer par manque de capacité opérationnelle pour le porter : des équipes déjà saturées, un management non disponible, ou une temporalité qui entre en conflit avec d'autres priorités stratégiques.
La faisabilité juridique et réglementaire
Cette quatrième dimension est parfois négligée, surtout par les équipes techniques et commerciales. Elle évalue si le projet est conforme au cadre légal, réglementaire et contractuel applicable : droit du travail si des recrutements sont nécessaires, propriété intellectuelle si des innovations sont développées, réglementations sectorielles (normes sanitaires, environnementales, financières), conformité au RGPD si des données personnelles sont traitées, compatibilité avec les obligations contractuelles existantes.
| Dimension | Questions clés | Sources d'information |
|---|---|---|
| Technique | Avons-nous les compétences ? La technologie est-elle mature ? | Équipes internes, prestataires, experts |
| Financière | Quel budget ? Quel seuil de rentabilité ? Quel ROI sur 3 ans ? | Comptable, CCI, banques partenaires |
| Opérationnelle Souvent négligée | A-t-on la bande passante ? Le calendrier est-il réaliste ? | Managers, RH, planning de charge |
| Juridique | Quelles obligations légales ? Quelles autorisations nécessaires ? | Avocat, expert-comptable, organismes de tutelle |
Comment réaliser une étude de faisabilité : les quatre étapes
Cibler les besoins
En tant que porteur de projet, vous devez tout d'abord définir vos besoins. Détaillez vos besoins par postes plutôt que de vous fier à une enveloppe globale. Cette analyse vous servira de véritable cahier des charges où seront renseignés les besoins prioritaires et secondaires.
Évaluer les coûts
Fonctionnez de façon à obtenir une enveloppe globale qui vous donnera immédiatement une idée de la possible réalisation du projet. Si le budget établi de manière grossière vous paraît adapté, procédez à une étude des coûts plus poussée. Pensez par exemple à vous rapprocher de votre CCI. Cela vous permettra de faire évoluer votre projet en fonction des attentes de votre secteur d'activité.
Étudier les différentes approches possibles
Il s'agit de définir, comme pour les études de marché, les forces et les faiblesses de l'entreprise ainsi que les risques et les opportunités de la mise en place de votre projet. Pour cela, plusieurs approches possibles doivent se dessiner. Je vous conseille de vous servir de l'analyse marketing SWOT pour lister au mieux tous les aspects pouvant impacter votre projet d'entreprise. N'oubliez pas de détailler chaque scénario envisagé en lui affectant un temps de réalisation, les caractéristiques de sa bonne réalisation, le choix des partenaires.
Faire son choix et lancer
Une fois les différentes stratégies envisagées, il est nécessaire d'en choisir une qui vous servira à réaliser une étude de marché pertinente par la suite. Des logiciels spécialisés existent afin de vous aider à faire le bon choix. Vous pourrez tester virtuellement vos divers scénarios ce qui sera plus factuel pour vous. Lorsque vous aurez établi le choix qui vous semblera le plus adapté, vous pourrez vous lancer dans le coeur de l'étude de faisabilité.
Étude de faisabilité vs business plan : quelle différence ?
La confusion entre étude de faisabilité et business plan est fréquente, et elle a des conséquences pratiques : certains porteurs de projet passent directement au business plan sans avoir d'abord évalué la faisabilité fondamentale de leur idée.
L'étude de faisabilité répond à la question « Ce projet est-il réalisable et viable ? ». Elle est exploratoire, relativement rapide à produire, et peut conduire à une décision d'abandon ou de reformulation du projet. Elle précède toujours le business plan.
Le business plan, lui, répond à la question « Comment allons-nous réaliser ce projet ? ». Il suppose que la faisabilité a déjà été validée. Il développe la stratégie commerciale, le plan de financement détaillé, les projections financières sur trois à cinq ans, et sert principalement à convaincre des investisseurs ou des partenaires financiers. Rédiger un business plan complet pour un projet dont la faisabilité n'a pas été vérifiée est une perte de temps et d'énergie.
Incluez des avis extérieurs dès l'étude
Pour une bonne mise en oeuvre de l'étude, il est parfois intéressant d'inclure les avis d'acteurs indirects. Sonder vos collaborateurs ainsi que vos prestataires et clients peut vous donner des pistes de réflexion dont il serait dommage de se passer. Les scénarios non retenus ne doivent pas être écartés non plus : vous avez passé du temps à collecter des informations, gardez-les précieusement, elles pourront vous aider à affiner votre stratégie au fur et à mesure de son évolution.
Les erreurs à éviter lors d'une étude de faisabilité
Plusieurs erreurs reviennent régulièrement dans les études de faisabilité insuffisantes. La première est le biais d'optimisme : surestimer les revenus prévisionnels et sous-estimer les coûts et les délais. Pour le contrecarrer, construire systématiquement un scénario pessimiste est indispensable.
La deuxième erreur est de travailler en vase clos. Une étude de faisabilité menée uniquement par l'équipe portant le projet souffre d'un manque de regard critique. Faire intervenir un regard extérieur (consultant, expert sectoriel, réseau professionnel) améliore significativement la qualité de l'analyse.
La troisième erreur est de confondre désir et faisabilité. La conviction que le projet est une excellente idée ne suffit pas à le rendre faisable. L'étude de faisabilité doit rester un exercice de pensée critique, pas une justification a posteriori d'une décision déjà prise.
Établir une étude qualitative est une étape indispensable dans tout lancement de projet, mais ses résultats ne sont qu'indicatifs. L'étude de faisabilité se révélera être le point de départ de votre capacité à être concurrentiel et à accroître votre part de marché.
À retenir
- L'étude de faisabilité couvre quatre dimensions : technique (avons-nous les compétences et les technologies ?), financière (le projet est-il rentable ?), opérationnelle (avons-nous la capacité de le mener ?) et juridique (sommes-nous en conformité ?).
- Elle précède toujours le business plan : elle répond à « est-ce faisable ? » avant que le business plan réponde à « comment allons-nous le faire ? ».
- Construire trois scénarios (pessimiste, réaliste, optimiste) est une bonne pratique pour éviter le biais d'optimisme et sécuriser la décision d'investissement.
- Un regard extérieur (CCI, consultant, expert sectoriel) améliore la qualité de l'analyse et réduit les angles morts.