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Tout ce qu'il faut savoir sur le mapping concurrentiel

Publié le 9 janvier 2021, 8 min de lecture

Mapping concurrentiel : définition, objectifs et mise en place

Avant de définir votre stratégie commerciale ou de lancer un nouveau produit, il existe une question fondamentale à laquelle vous devez pouvoir répondre : où vous situez-vous par rapport à vos concurrents sur les critères qui comptent pour vos clients ? Le mapping concurrentiel est précisément l'outil qui permet de répondre à cette question de façon visuelle, synthétique et exploitable. En quelques heures de travail, il vous donne une photographie claire de votre marché, des positions de chacun et des espaces libres à conquérir. Encore faut-il savoir le construire correctement.

Le mapping concurrentiel : une cartographie stratégique de votre marché

Le mapping concurrentiel, aussi appelé mapping de positionnement, est une représentation graphique en deux dimensions qui permet de comparer plusieurs entreprises, marques ou produits sur la base de deux critères choisis. L'axe horizontal (abscisses) porte un premier critère, l'axe vertical (ordonnées) un second. Chaque concurrent est représenté par un point ou un logo, positionné selon ses valeurs sur ces deux axes.

Ce format matriciel présente plusieurs avantages par rapport à un tableau comparatif classique. Il est immédiatement lisible, même par des non-spécialistes. Il permet de visualiser d'un coup d'oeil les regroupements de concurrents (les « clusters » stratégiques) et les zones peu occupées (les espaces de différenciation potentiels). Il facilite les discussions en réunion stratégique, car tout le monde partage la même représentation visuelle plutôt que de parcourir un tableau de données.

Ce qu'il ne fait pas, et c'est important à comprendre, c'est analyser en profondeur tous les aspects d'un marché. Limité à deux ou trois critères, le mapping est forcément réducteur. Il donne une vue macro pertinente, mais doit être complété par d'autres outils d'analyse concurrentielle pour prendre des décisions stratégiques importantes. C'est un point de départ, pas un outil décisionnel complet à lui seul.

À quoi sert concrètement un mapping concurrentiel ?

Les applications concrètes d'un mapping concurrentiel dans la vie d'une entreprise sont nombreuses. Lors du lancement d'un nouveau produit, il permet d'identifier immédiatement si le marché est saturé sur le segment visé ou si un espace de positionnement distinct existe. Un entrepreneur qui lance une marque de cosmétiques naturels aura intérêt à construire un mapping prix/naturalité pour vérifier si sa proposition se distingue réellement de l'existant ou si elle se noie dans un segment déjà encombré.

Dans un processus de révision stratégique annuelle, le mapping permet de vérifier si la position de l'entreprise s'est renforcée ou fragilisée par rapport à la concurrence. Si deux nouveaux entrants ont comblé l'espace de différenciation sur lequel vous comptiez, c'est un signal d'alerte que la cartographie rend immédiatement visible.

En marketing, le mapping sert à affiner le message. Si votre analyse montre que vous êtes seul à combiner haute qualité et prix modéré sur votre segment, ce rapport qualité-prix devient naturellement le coeur de votre communication. Le mapping valide que votre positionnement perçu est cohérent avec la réalité du marché, ou qu'il existe un écart à corriger.

Il est aussi utile dans les discussions avec des investisseurs ou des partenaires. Une slide de mapping concurrentiel bien construite communique en quelques secondes la logique de votre positionnement et les raisons de votre différenciation, bien plus efficacement qu'un long développement textuel.

Choisir les bons axes : la décision la plus critique

La qualité d'un mapping concurrentiel repose à 80 % sur le choix des critères portés par les deux axes. Choisir des axes non discriminants (par exemple, « qualité » contre « satisfaction client » qui sont souvent corrélés) produit un mapping dans lequel tous les concurrents se retrouvent dans le même quadrant, sans information exploitable. Choisir des axes trop abstraits rend le mapping incompréhensible et difficile à alimenter avec des données.

Les bons critères ont quatre caractéristiques. Ils sont discriminants : les concurrents se répartissent effectivement sur toute la plage de l'axe, pas tous dans le même coin. Ils sont mesurables : vous pouvez attribuer une valeur objective ou semi-objective à chaque concurrent sur ce critère. Ils sont pertinents : ils correspondent aux facteurs qui influencent réellement le choix des clients sur ce marché. Ils sont indépendants : choisir deux critères très corrélés revient à n'en choisir qu'un.

Parmi les axes les plus fréquemment utilisés : prix (accessible vs premium), qualité ou niveau de service, cible démographique (grand public vs professionnel, jeune vs senior), spectre de l'offre (spécialiste vs généraliste), canal de distribution (digital vs physique), engagement sur le développement durable (conventionnel vs engagé). Pour un restaurant, les axes prix/originalité de la cuisine sont plus discriminants que prix/qualité, car tous les restaurants prétendent être de qualité.

Exemple de mapping concurrentiel : prix vs originalité dans la restaurationMapping concurrentiel : Prix vs Originalité (secteur restauration)Haute originalitéCuisine classiqueAccessiblePremiumBrasserie AFast-food BGastronomie CFusion DCantine EZone peu occupéeOpportunité de positionnement
Un mapping prix/originalité permet de visualiser les zones sur-concurrentielles et les espaces libres à investir.

Les étapes de construction d'un mapping concurrentiel

Construire un mapping concurrentiel rigoureux suit un processus en quatre étapes que je recommande de respecter dans l'ordre, sans brûler les étapes.

La première étape consiste à identifier vos concurrents. Ne vous limitez pas aux concurrents directs (même produit, même cible, même zone géographique). Intégrez aussi les concurrents indirects (produits de substitution qui répondent au même besoin) et les entrants potentiels (acteurs d'autres marchés qui pourraient se diversifier vers le vôtre). Pour un coach en management, les concurrents directs sont les autres coachs, mais les concurrents indirects incluent les plateformes de formation en ligne et les DRH qui internalisent l'accompagnement.

La deuxième étape est le choix des axes, que nous avons détaillé plus haut. Testez plusieurs combinaisons de critères avant de retenir la plus discriminante. Il est utile de créer deux ou trois versions du mapping sur des axes différents : chacune révèle un angle différent de la réalité concurrentielle.

La troisième étape est la collecte de données. Pour attribuer une valeur à chaque concurrent sur chaque axe, vous avez besoin d'information. Les sources sont variées : sites web et catalogues produits, avis clients sur Google et Trustpilot, articles de presse spécialisée, rapports annuels pour les entreprises cotées, études de marché sectorielles, sondages clients. Le mapping est aussi bon que les données qui l'alimentent : ne collez pas d'intuitions non vérifiées.

La quatrième étape est l'interprétation. Une fois les concurrents positionnés, identifiez les clusters (groupes de concurrents proches qui forment des segments stratégiques), les zones denses (fortement concurrentielles) et les zones vides (opportunités de positionnement non occupées). Interrogez-vous sur les raisons de ces vides : sont-ils non occupés parce que personne n'y a pensé, ou parce qu'ils ne sont pas viables économiquement ?

Analyser et interpréter les résultats

L'interprétation est l'étape que l'on bâcle le plus souvent, pressé d'en arriver aux conclusions. Pourtant, c'est là que se trouve la valeur réelle de l'exercice. Commencez par identifier les groupes stratégiques : les concurrents qui se retrouvent dans le même quadrant jouent souvent selon les mêmes règles du jeu, avec des offres proches et des stratégies similaires. Ils se font une concurrence directe intense.

Repérez ensuite les zones vides. Avant de vous emballer, analysez pourquoi elles sont vides. Un quadrant « haute qualité, prix très accessible » peut sembler attractif, mais si tous les acteurs qui s'y sont aventurés ont échoué faute de marge suffisante, cette zone vide n'est pas une opportunité mais un cimetière commercial. Inversement, une zone vide dans un quadrant « spécialiste, premium » peut représenter une véritable fenêtre d'opportunité dans un marché en montée en gamme.

Enfin, repérez votre propre position et comparez-la à votre position souhaitée. Si votre mapping montre que vous êtes perçu comme un acteur bas de gamme alors que votre ambition est le premium, vous avez un problème de cohérence entre votre offre réelle, votre communication et les attentes de votre cible. C'est une information précieuse qui doit déclencher un travail de repositionnement.

Les outils complémentaires pour une veille concurrentielle complète

Le mapping concurrentiel donne une vue synthétique, mais il ne peut pas tout montrer. Pour compléter votre analyse, plusieurs outils permettent d'approfondir la connaissance de vos concurrents.

Semrush et Ahrefs sont les deux plateformes de référence pour l'analyse SEO concurrentielle. Ils vous permettent de voir quels mots-clés génèrent du trafic sur les sites de vos concurrents, quels contenus leur attirent le plus de visiteurs, quels sites leur font des liens entrants. Ces données sont précieuses pour affiner votre stratégie de contenu et identifier les sujets sur lesquels vous pouvez prendre de l'avance.

Wappalyzer (extension de navigateur) identifie les technologies utilisées sur un site web : CMS, outils d'analyse, solutions d'e-commerce, chatbots, solutions de paiement. Ces informations donnent des indications sur les investissements technologiques de vos concurrents et sur leur maturité digitale.

Les avis clients sur Google Maps, Trustpilot ou G2 sont une mine d'informations qualitatives. Lire les avis négatifs des concurrents révèle systématiquement leurs points faibles : délais, service après-vente, complexité d'utilisation, rapport qualité-prix. Ce sont autant d'axes de différenciation potentiels pour vous. Les avis positifs vous montrent ce que leurs clients apprécient le plus et ce que vous devrez nécessairement proposer pour être crédible sur ce marché.

Mettez à jour votre mapping chaque trimestre

Un mapping concurrentiel produit une fois et rangé dans un tiroir perd sa valeur très vite. Les marchés évoluent : de nouveaux entrants apparaissent, des acteurs disparaissent, des fusions-acquisitions modifient les positions. Planifiez une revue trimestrielle de votre cartographie, en particulier dans les secteurs où l'innovation est rapide. Un tableur partagé avec votre équipe permet de maintenir le mapping vivant, en annotant les évolutions observées au fil du temps.

À retenir

  • Le mapping concurrentiel est un outil de visualisation synthétique, pas un outil d'analyse exhaustif : sa valeur tient à la qualité des axes choisis et des données qui l'alimentent.
  • Les zones vides sur un mapping ne sont pas automatiquement des opportunités : analysez pourquoi elles sont vides avant de les cibler.
  • Créez plusieurs mappings sur des axes différents pour obtenir plusieurs lectures complémentaires de votre marché.
  • Combinez le mapping avec des outils SEO (Semrush, Ahrefs) et des analyses d'avis clients pour une veille concurrentielle vraiment opérationnelle.