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Comment s'en sortir financièrement : les étapes concrètes pour se redresser

Publié le 7 juillet 2020, 9 min de lecture

Comment s'en sortir financièrement ? Conseils & astuces pour réussir

Le compte est dans le rouge trois jours avant la fin du mois. Les dépenses essentielles ont été honorées, à peine, et il ne reste rien pour le reste. Cette situation touche bien plus de ménages qu'on ne l'imagine de l'extérieur, y compris des familles avec deux revenus qui semblent vivre normalement. Le budget est un système, et il peut déraper progressivement sans qu'on s'en rende compte, au fil des abonnements oubliés, des crédits cumulés et des imprévus non provisionnés. La bonne nouvelle : un budget déréglé peut se redresser avec de la méthode et de la constance.

L'état des lieux : la première étape que tout le monde évite

Il est impossible de redresser une situation financière sans en avoir une vision claire et honnête. Pourtant, beaucoup de personnes en difficulté repoussent ce moment précisément parce que la situation est anxiogène. Regarder les chiffres en face quand on sait que le résultat va être douloureux n'est pas une expérience agréable. Mais c'est la seule façon de passer de la spirale anxieuse à un plan d'action concret.

Le premier outil est un tableau simple, sur papier ou dans un tableur. Toutes les entrées d'argent d'un côté : salaires nets, allocations (CAF, chômage, pension alimentaire), revenus locatifs, autres. Toutes les sorties de l'autre, en commençant par les charges fixes (loyer ou mensualité de crédit immobilier, assurances, abonnements téléphone et internet, crédits à la consommation en cours, impôts mensualisés), puis les dépenses variables (alimentation, transports, loisirs, vêtements, achats divers). La différence entre les deux colonnes dit tout sur la situation.

Ce tableau révèle souvent des surprises. Des abonnements oubliés qui continuent à être prélevés (streaming, salle de sport, presse en ligne, logiciels, applications), des achats impulsifs qui représentent globalement bien plus qu'on ne le croyait, des dépenses sociales sous-estimées (cadeaux, restaurants, sorties). La clarté est désagréable mais elle est le point de départ indispensable de tout redressement.

Classer les dépenses par ordre de priorité

Toutes les dépenses n'ont pas le même poids ni le même impact si elles ne sont pas honorées. Distinguer trois niveaux permet d'agir dans le bon ordre. En premier, les dépenses vitales et contractuelles : loyer ou mensualité de crédit immobilier, électricité, gaz, eau, alimentation de base, assurance habitation obligatoire et mutuelle santé. Ne pas payer ces postes a des conséquences immédiates et graves, qu'il faut à tout prix éviter.

En deuxième niveau, les dépenses importantes mais ajustables : téléphone (un forfait à 50 euros peut être remplacé par un forfait à 10 euros), transports (l'abonnement mensuel peut être suspendu si on travaille en télétravail une semaine sur deux), alimentation (le budget courses peut être optimisé significativement sans se priver). Ces postes peuvent être compressés sans impact majeur sur la qualité de vie réelle, à condition de prendre le temps de comparer et de changer ses habitudes.

En troisième niveau, les dépenses discrétionnaires : loisirs, vêtements neufs non urgents, restaurants, abonnements de confort. Ce sont les premières à réduire ou suspendre quand la situation est tendue. Ce n'est pas définitif. L'objectif est de stabiliser la situation d'abord, et de rétablir progressivement ces dépenses une fois le budget équilibré et une petite épargne de précaution reconstituée.

8 à 10 %des Français en situation de fragilité financière selon la Banque de France
30 %Taux d'effort logement maximum recommandé (loyer + charges rapportés aux revenus nets)
3 moisÉpargne de précaution minimale à reconstituer dès la situation stabilisée

Réduire ses dépenses sans se priver inutilement

La réduction des dépenses est le premier levier à actionner, avant d'envisager d'augmenter ses revenus (ce qui prend toujours plus de temps). Plusieurs postes se prêtent à des économies rapides et sans sacrifice réel.

L'énergie d'abord : comparer les offres des fournisseurs (le comparateur de l'autorité de régulation de l'énergie, disponible sur energy-info.fr, est gratuit et officiel), revoir le niveau de puissance souscrite si elle dépasse les besoins réels. Les économies peuvent atteindre plusieurs dizaines d'euros par mois pour un contrat non révisé depuis plusieurs années. Les assurances ensuite : assurance auto, habitation et mutuelle santé sont des postes que la majorité des ménages n'ont pas renégociés depuis la souscription initiale, alors que les tarifs du marché ont évolué. Une comparaison rapide sur les agrégateurs spécialisés révèle souvent des économies de 100 à 400 euros par an.

Les abonnements numériques méritent un audit systématique. Streaming (Netflix, Disney+, Spotify, Prime, Deezer), presse en ligne, logiciels, applications avec abonnement mensuel : chaque poste pris séparément semble modeste, mais l'ensemble représente fréquemment 100 à 200 euros par mois sur les budgets non audités. Couper ceux que vous n'utilisez pas ou peu est une décision sans coût réel sur votre quotidien.

L'alimentation est le poste où les économies peuvent être les plus significatives sans changer radicalement les habitudes. Passer aux marques de distributeur sur les catégories où la différence de qualité est marginale (pâtes, légumes en conserve, produits d'entretien, eau), cuisiner en quantité pour plusieurs repas (ce qu'on appelle le batch cooking), réduire le gaspillage en planifiant les repas avant de faire les courses : ces ajustements représentent facilement 20 à 30 % d'économies sur le budget courses sans se priver.

Renégocier ce qui peut l'être

Certaines charges fixes peuvent être renégociées directement avec les créanciers ou prestataires, et beaucoup de ménages n'osent pas le faire par peur du refus ou par méconnaissance de leurs droits. Les crédits à la consommation peuvent faire l'objet d'une demande de modulation des échéances (la plupart des contrats le prévoient contractuellement) ou d'un rachat de crédits pour baisser la mensualité globale, même si cette deuxième option allonge la durée totale du remboursement.

Les organismes de crédit ont une obligation légale de proposer une médiation en cas de difficulté de remboursement déclarée. Ne pas attendre les premiers incidents de paiement pour contacter son établissement bancaire ou son organisme de crédit : signaler les difficultés en amont donne beaucoup plus d'options que d'attendre d'être en retard. Un retard de paiement génère des frais, peut déclencher des pénalités et fait apparaître l'incident dans le fichier des incidents de remboursement de la Banque de France (FICP), ce qui complique l'accès au crédit pendant plusieurs années.

Pour les propriétaires avec un crédit immobilier, la modulation d'échéances à la baisse est souvent prévue dans les contrats. Cette option permet de libérer de la trésorerie pendant une période difficile sans changer significativement la durée totale du crédit. Une banque préfère presque toujours un client qui anticipe et demande un aménagement à un client qui disparaît dans le silence et accumule les retards.

Augmenter ses revenus : les options réalistes

Réduire les dépenses a ses limites : en dessous d'un certain seuil, les postes vitaux ne peuvent plus être compressés. Si la situation impose d'augmenter les revenus, les options les plus accessibles sont le revenu d'activité complémentaire (freelance sur ses compétences professionnelles, services à la personne, petites missions ponctuelles), la vente d'objets dont on n'a plus l'usage (vêtements sur Vinted, électronique et mobilier sur Leboncoin), et la vérification systématique des aides auxquelles on a droit et qu'on ne perçoit pas encore.

Ce dernier point est considérablement sous-estimé. Le non-recours aux droits est un phénomène documenté en France : des millions de ménages ne perçoivent pas toutes les aides sociales auxquelles ils ont droit, par méconnaissance ou par complexité des démarches. Le site mesaides.gouv.fr (géré par les services publics) permet de simuler ses droits aux aides nationales et locales en quelques minutes. La prime d'activité, les aides au logement (APL), les tarifs sociaux pour l'énergie (chèque énergie), certaines exonérations fiscales : vérifiez que vous percevez tout ce à quoi vous avez droit avant de chercher des solutions plus complexes.

Se faire aider : les ressources gratuites disponibles

Quand la situation dépasse ce qu'on peut gérer seul, des ressources gratuites et confidentielles existent sur l'ensemble du territoire. Les Points Conseil Budget (PCB) proposent un accompagnement gratuit par des conseillers financiers spécialisés dans la gestion budgétaire des particuliers. Ils aident à établir un plan de redressement réaliste, à prioriser les paiements, à négocier avec les créanciers et à prévenir le surendettement.

La Banque de France gère la procédure de surendettement pour les situations les plus graves. Ce n'est pas une faillite personnelle au sens strict : c'est une procédure de protection qui suspend les poursuites et permet d'établir un plan de remboursement adapté à la capacité réelle du ménage. Le dépôt de dossier est gratuit. Beaucoup de personnes attendent trop longtemps avant d'y recourir, par peur de la stigmatisation, alors que la procédure permet souvent de sortir d'une spirale qui n'aurait fait qu'empirer sans intervention.

  1. Faire un état des lieux complet et honnête

    Listez toutes les entrées et toutes les sorties dans un tableau. Identifiez chaque dépense, même les petits abonnements oubliés. La clarté inconfortable est le point de départ indispensable.

  2. Supprimer les dépenses discrétionnaires

    Abonnements inutilisés, loisirs non essentiels, achats impulsifs. Ce sont les premières victimes, sans impact réel sur le quotidien essentiel.

  3. Renégocier ou comparer les charges fixes

    Assurances, énergie, téléphonie : comparez les offres et n'hésitez pas à changer de prestataire. Contactez votre organisme de crédit avant les premiers retards si vous prévoyez des difficultés.

  4. Vérifier ses droits aux aides

    Simulez vos droits sur mesaides.gouv.fr. Prime d'activité, APL, chèque énergie, tarifs sociaux : le non-recours aux droits touche des millions de Français.

  5. Activer des sources de revenus complémentaires

    Freelance sur vos compétences, vente d'objets, services ponctuels. Des revenus supplémentaires même modestes peuvent changer la dynamique budgétaire rapidement.

  6. Se faire accompagner si nécessaire

    Les Points Conseil Budget proposent un accompagnement gratuit et confidentiel. La Banque de France gère le surendettement gratuitement. Ne pas attendre que la situation devienne ingérable.

Éviter la spirale du crédit de court terme

Utiliser le découvert autorisé de façon répétée ou contracter un crédit à la consommation pour payer des dépenses courantes n'est pas une solution : c'est un report du problème avec un coût financier supplémentaire. Les taux des crédits renouvelables (revolving) peuvent dépasser 20 % par an, ce qui transforme rapidement une difficulté temporaire en situation chronique. Si vous êtes tenté par cette option, c'est le signal qu'il faut contacter un Point Conseil Budget sans attendre.

Pour explorer les pistes de revenus complémentaires concrètes depuis chez soi, notre guide sur les revenus complémentaires à domicile présente les options les plus accessibles avec les délais réalistes. Et pour une réflexion plus large sur la relation que les Français entretiennent avec l'argent, notre article sur le rapport à l'argent apporte un éclairage culturel utile pour dépasser les blocages psychologiques.

À retenir

  • Commencez par un état des lieux complet et honnête : tableau entrées/sorties, identification de chaque dépense. La clarté est désagréable mais c'est le seul point de départ valable.
  • Réduisez dans l'ordre : abonnements inutiles et dépenses discrétionnaires en premier, charges fixes à renégocier ensuite, dépenses vitales jamais. Ne touchez pas à l'alimentation de base ni aux assurances essentielles.
  • Contactez vos créanciers avant les premiers retards, pas après. Les banques et organismes de crédit ont des solutions à proposer, mais seulement à ceux qui les sollicitent en amont.
  • Le non-recours aux droits est fréquent : simulez vos droits sur mesaides.gouv.fr et contactez un Point Conseil Budget (gratuit, confidentiel) si la situation vous dépasse.